AAC : Journées d’étude internationales sur la découvrabilité aux contenus francophones à l’ère numérique

Contexte et problématique

L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), sur une proposition du Comité d’orientation de son dispositif d’observation des dynamiques culturelles et linguistiques, co-­‐organise    avec    l’Université    du    Québec    à    Montréal    (UQAM)    des    journées    d’étude internationales, afin de mettre en lumière les opportunités, les pratiques, les modèles d’affaires émergents ainsi que les nouveaux enjeux et défis en lien avec la découvrabilité et l’accès aux contenus culturels francophones à l’ère numérique. En effet, les pays de l’espace francophone disposent d’une riche diversité de ressources, de talents créatifs, de contenus et d’expressions culturelles et artistiques (OIF, 2017) qui semblent cependant peu présents, visibles et accessibles sur Internet.

Dans un contexte où les technologies numériques révolutionnent les modes d’accès et de consommation en ligne de produits et de contenus culturels, on peut légitimement s’interroger      sur les pratiques et les stratégies, mais aussi sur les politiques et mesures gouvernementales qui favorisent  la  découvrabilité  des  contenus  francophones  afin  que  ceux-­‐ci  ne  demeurent  pas noyés dans l’offre pléthorique de contenus proposés par les nouvelles plateformes de diffusion        et de distribution numérique  d’œuvres  culturelles  à  l’échelle  mondiale,  désormais  constituées  en oligopole (Smyrnaios, 2016).

La dernière étude (Pimienta et Prado, 2018) sur la présence de la langue française dans le  cyberespace montre que le français, toutes applications confondues, serait la quatrième langue de l’Internet (6,8%), derrière respectivement l’anglais (27,36%), le chinois (10,41%) et l’espagnol (9,83%) ; ce qui pourrait avoir une incidence sur la disponibilité et l’accessibilité en ligne des contenus culturels francophones. La découvrabilité des contenus francophones sur Internet constitue ainsi à la fois un enjeu et un défi important pour l’accès à la diversité des expressions culturelles francophones et pour leur consommation. Alors que la prolifération des plateformes numériques aurait pu constituer un véritable atout pour la découvrabilité et l’accès en ligne à la production culturelle francophone dans les filières des industries culturelles telles que la musique, l’audiovisuel, le cinéma, ou le livre, des tendances récentes semblent plutôt indiquer le contraire.

D’abord, l’abondance de l’offre culturelle internationale disponible en ligne fait de l’ombre aux contenus locaux, entrainant à la fois un contraste et un déséquilibre entre la diversité de l’offre culturelle produite localement et l’uniformisation de l’offre culturelle internationale qui est recommandée et consommée (Farchy, 2008 ; Guèvremont, 2013 ; Lescure, 2013 ; Rioux et al., 2015, Tchéhouali, 2016). Ensuite, les plateformes numériques ont tendance à privilégier dans leur catalogue l’exposition, la promotion et la recommandation des produits-­‐vedettes d’origine américaine ou anglo-­‐saxonne et des contenus internationaux, souvent de langue anglaise. Ainsi, les choix et habitudes de consommation culturelle en ligne (en particulier l’écoute ou le visionnement de  contenus musicaux  et audiovisuels) sont-­‐ils de  plus en  plus influencés par les logiques prescriptives des algorithmes qui favorisent la découverte de certains types de contenus au détriment d’autres, compte tenu d’impératifs commerciaux et de logiques éditoriales  configurant  des  profils-­‐types  d’usager  (Farchy,  Méadel  et  Anciaux,  2017  ;  Drumond Coutant et Millerand, 2018). L’offre culturelle numérique globale est en effet de plus en plus concentrée et déterminée par ces processus de profilage des goûts, de hiérarchisation et de recommandation algorithmique qui suivent les tendances du moment et qui favorisent les contenus les plus populaires. Bien qu’il soit devenu plus simple pour les artistes, les créateurs/producteurs, les éditeurs/diffuseurs/distributeurs francophones de créer, de produire et de mettre en ligne aujourd’hui sur Internet leurs films, albums ou livres, le véritable défi une fois ces œuvres mises en ligne consiste plutôt à faire en sorte qu’elles soient facilement découvertes par les publics potentiels.

Face à la surabondance et l’homogénéisation de l’offre culturelle mondiale disponible en ligne, il incombe aux États et Gouvernements membres de la Francophonie la responsabilité de protéger leur souveraineté culturelle par des politiques de soutien aux industries culturelles nationales/locales et par des mesures de promotion et de protection de la diversité des expressions culturelles (Benghozi, 2011 ; Vlassis, 2015 ; Rioux et Tchéhouali, 2016). Il importe donc de réfléchir aux leviers institutionnels et règlementaires (Desjardins, 2016) à actionner afin d’encadrer les activités des géants du Web, en les soumettant à de nouvelles règles et obligations tant en matière de financement des productions locales/nationales qu’en termes d’exigences minimales d’exposition et de recommandation de contenus locaux.

But et objectifs

Ces deux journées d’étude visent à réunir des experts et professionnels des industries culturelles (artistes, réalisateurs, producteurs, diffuseurs), des décideurs publics (représentants gouvernementaux)  et  des  chercheurs-­‐universitaires  (professeurs,  postdoctorants,  doctorants, étudiants de 2ème cycle) de différentes disciplines en provenance des pays francophones, afin d’examiner ensemble les enjeux, défis, processus, pratiques et innovations caractérisant les nouvelles modalités de découverte, d’accès et de consommation de la production culturelle francophone à l’ère numérique.

La première journée sera spécifiquement dédiée à la réflexion autour de la problématique de la découvrabilité du contenu francophone tandis que la deuxième journée sera consacrée à la transformation numérique des industries culturelles et à l’examen des modèles d’affaires émergents dans la création, production, diffusion et consommation culturelles au sein des pays de la Francophonie.

Cet événement constitue donc une occasion unique pour discuter des défis et perspectives relatifs aux contenus francophones pour les professionnels des milieux culturel et numérique et pour présenter les résultats de recherches et d’études récentes qui documentent les dynamiques de circulation, de découverte, d’accès et de consommation en ligne des produits culturels francophones. Ce faisant, les travaux et réflexions porteront également, d’une part   sur les mesures et stratégies d’adaptation des politiques culturelles à l’ère numérique (avec des analyses de la situation dans plusieurs pays francophones) ; et d’autre part sur les logiques d’affaires et les mécanismes algorithmiques de la recommandation culturelle dans un contexte de «plateformisation» des industries culturelles (Bullich et Schmitt, 2019).