Article : Régulation et autorégulation de la communication médiatique au Sénégal et au Togo

État des lieux et critiques en contexte électoral

Auteurs : Christian Agbobli et Ndiaga Loum

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Résumé

Avec le processus démocratique et la multiplication des médias, les pays africains se sont retrouvés dans une obligation de gérer la diversité médiatique. Plutôt que d’intervenir directement dans le secteur de l’audiovisuel, les États sénégalais et togolais ont, dans une option plus ou moins courante un peu partout dans le monde, préféré déléguer l’essentiel de leurs fonctions de régulation à une instance d’un genre à part, juridiquement classée parmi les « autorités administratives indépendantes ». Recul véritable de l’interventionnisme classique de l’État ou simple camouflage de celui-ci ? C’est là toute la problématique des études qui se sont penchées sur la situation de ces « Autorités administratives indépendantes » par rapport au gouvernement et au pouvoir politique. Ces instances n’en continuent pas moins de demeurer dans le giron de l’exécutif, et cela, même si leurs attributions dépassent en général le simple avis et incluent dans la plupart des cas un pouvoir d’injonction et de sanction. La fonction de juger ne constitue en effet qu’un des aspects de l’action de ces autorités. Leur action se situe avant tout dans une dynamique pédagogique continue, essentiellement préventive, et où il est plus question d’user des moyens de tirer le meilleur profit d’un système que de sévir. Parallèlement, les médias se sont dotés d’organismes d’autorégulation. Le Comité pour l’observation des règles éthiques et déontologiques (Cored) du Sénégal et l’Observatoire togolais des médias (OTM) jouent un rôle de régulation effectué par les pairs dans le but d’améliorer les contenus, la déontologie et l’éthique dans les médias. Toutefois, l’autorégulation signifie une volonté des médias d’appliquer des règles qu’ils se sont eux-mêmes fixées. Or, quelles contraintes les organes d’autorégulation peuvent-ils exercer sur leurs médias membres ? Ce qui retient particulièrement l’attention dans cet article, c’est la manière dont les autorités de régulation, par une lecture étriquée de leur mission originelle, se sont muées progressivement en des instances de contrôle qui se sont distinguées essentiellement dans leurs fonctions de censure et de condamnation des médias, surtout privés. De plus, un autre élément d’intérêt repose sur les contraintes des organes d’autorégulation qui deviennent parfois le bras armé des politiques et de ce fait se trouvent également critiqués par les médias. La réflexion se basera sur les décisions prises par ces organes de régulation et d’autorégulation, notamment dans le contexte d’élections présidentielles, celles de 2012 au Sénégal et de 2015 au Togo.

Mots clés :Médias, régulation, autorégulation, démocratie, Sénégal, Togo

Pour citer cet article :
Agbobli, Christian, et Ndiaga Loum. « Régulation et autorégulation de la communication médiatique au Sénégal et au Togo : État des lieux et critiques en contexte électoral », Les Enjeux de l’information et de la communication, vol. 17, no. 1, 2016, pp. 33-49.